Carnet du cabinet · Dossier sommeil
Mieux dormir quand on a mal au dos
On passe bien un tiers de sa vie en position allongée, et après vingt ans à exercer l’ostéopathie en cabinet, j’ai souvent retrouvé l’origine de douleurs dorsales associée à l’utilisation d’une mauvaise literie.
Simon Israël Sellam, D.O.
Ostéopathe
Cabinet de Paris 7
1 square de Robiac
Lecture ≈ 12 minutes
8 références
Édition
29 · 08 · 2026
Le relief d’une nuit — de l’éveil au réveil
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↓En résumé
Pour améliorer votre confort nocturne, vous pouvez faire trois choses : pour soulager vos tensions lombaires, utilisez un coussin sous vos genoux si vous dormez sur le dos ; afin d’éviter que vos genoux ne s’entrechoquent en engageant une torsion au niveau du bassin, mettez un coussin dessous, si vous dormez sur le côté ; dormez enfin avec un matelas pas trop ferme en utilisant un oreiller adapté, pour trouver un véritable confort et éviter les inclinaisons de votre tête vis-à-vis du reste du dos.
Voici ce que la recherche associe à chacun de ces gestes.
I · Le sommeil et la douleur
Ce qu’une mauvaise nuit révèle chez un patient qui a mal
Je demande souvent à mes patients comment se passent leurs nuits, et un patient qui me dit que cinq heures de sommeil lui suffisent décrit parfois « une dette » qu’il ne perçoit plus.
Une seule nuit trop courte peut altérer des contrôles inhibiteurs descendants qui filtrent naturellement les signaux douloureux et abaissent les seuils de douleur à la pression et au froid (Staffe et al., PLoS One, 2019). L’imagerie confirme d’ailleurs une réactivité accrue du cortex somatosensoriel après privation de sommeil (Krause et al., J Neurosci, 2019).
Autrement dit : un lombalgique qui dort mal par exemple, n’a pas qu’un problème d’ordres mécanique, car sa machinerie anti-douleur fonctionne au ralenti.
Manque de sommeil et douleur : un cercle documenté →
C’est pendant la nuit que le corps se répare : le principal pic d’hormone de croissance survient dans les premières heures de la nuit avec un lien étroit au sommeil lent profond (Van Cauter et al., JAMA, 2000), et une part non négligeable des bénéfices de la prises en charge ostéopathique se fera pendant la nuit qui suit la séance. La synthèse protéique, le remodelage du collagène, la consolidation des apprentissages moteurs seront ainsi les piliers de sa récupération.
II · Le seul levier réellement contrôlable
La position d’endormissement
Comme tout le monde, on change bien de position une vingtaine de fois lorsque l’on dort et on passe en moyenne environ 73 % de son temps de sommeil sur le côté, contre 22 % sur le dos et 5 % sur le ventre. C’est une bonne chose en soi, car une immobilité prolongée génère un fluage tissulaire et une raideur exacerbée au réveil.
Conséquences pratiques : le seul levier que l’on peut utiliser quand on dort est la position dans laquelle on va se coucher.
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Sur le dos (position symétrique, pression de contact la plus faible) : dans cette position, les ronflement et apnées du sommeil se font la part belle si la tête part trop en arrière (fonction du coussin utilisé et de la forme de son dos). La lordose sera aussi plus marquée, sauf si les genoux sont surélevés avec un coussin.

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Sur le côté (cette position, bien que meilleure pour les voies aériennes, est plus asymétrique et demande de bien caler sa tête) : utilisation d’un premier coussin entre les genoux, dos rond, pour détendre les lombaires, l’autre étant positionné sous la tête pour éviter toute inclinaison du cou, avec une légère dérotation du plateau des épaules pour ne pas comprimer le bras qui est au contact du matelas.

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Sur le ventre (position la moins ergonomique à cause du risque de rotation et d’extension cervicale maintenue pendant des heures) : traumatisante pour les cervicales, on peut tricher en dormant en trois-quarts, avec un édredon sur lequel s’enrouler.

III · Le support
Le matelas
Le mythe du matelas ferme vendu comme « la solution » aux problèmes de sommeil a été démenti lors d’un essai randomisé réalisé en double aveugle et publié dans The Lancet en 2003 : 313 lombalgiques chroniques couchés sur un matelas mi-ferme se sont révélés se porter mieux niveau douleur en position allongée, au lever, et en termes de handicape, que le groupe témoin sur matelas ferme, après quatre-vingt-dix jours d’utilisation (Kovacs et al., 2003). Un principe d’adaptabilité à la morphologie ressort de cette étude car le matelas doit laisser s’enfoncer les zones les plus larges du corps comme les épaules ou le bassin, et soutenir les zones creuses comme la taille et les lombaires.
Un test à faire consiste à s’allonger sur le côté pour faire une photographie de son dos, en vérifiant l’alignement harmonieux de sa colonne vertébrale. Si le corps s’enfonce de part en part, rompant l’axe dorsal, le matelas n’est tout simplement pas adapté à votre morphologie.
Ferme ou souple : quel matelas choisir quand on a mal de dos →
IV · La hauteur
L’oreiller
C’est un accessoire très personnel dont l’épaisseur modifie de façon mesurable les pressions crânienne et cervicale, ainsi que l’alignement au rachis (Liu et al., PeerJ, 2016). Trop haut comme trop bas, on en paie le prix car il casse l’alignement du cou avec le reste du rachis.
7 à 10 cm
Sur le dos
11 à 14 cm
Sur le côté
la largeur de votre épaule
0 à 5 cm
Sur le ventre
La hauteur et la forme comptent davantage que le matériau : de sorte qu’un oreiller à trente euros à la bonne hauteur peut être mieux supporté qu’un oreiller ergonomique à cent cinquante euros. Il ne faut pas hésiter à l’essayer avant acquisition pour voir s’il est convenable.
V · Le calage
Le coussin est un accessoire des plus intéressants quand on l’utilise comme il faut
- Le coussin sous les genoux si on dort sur le dos (avec ses dix à quinze centimètres d’épaisseur, semi-ferme), il relâche le psoas, réduit notablement la lordose lombaire et soulage ainsi le bas du dos en décharge.
- Le coussin calé entre les genoux quand on dort sur le côté (avec ses quinze à vingt centimètres d’épaisseur, ferme et relativement épais) il stabilise le bassin et évite aux genoux de se cogner.
- Le coussin calé sous la tête quand on dort sur le côté (avec ses quinze à vingt centimètres d’épaisseur, ferme et relativement épais), il stabilise la tête et la maintient au niveau du rachis pour éviter de briser la ligne du dos. En « cassant le cou » pendant la nuit, on ressent au réveil toute la difficulté à redresser sa tête après l’avoir mal positionnée trop longtemps en dormant.
Coussin entre les genoux ou sous les genoux : lequel choisir quand on a mal au bas du dos →
VI · L’environnement
Le paramètre à ne pas négliger
La température : le sommeil lent profond est facilité par une déperdition de chaleur corporelle centrale. On a tous ressenti en période de canicule que dans un environnement trop chaud le sommeil est fragmenté, car la fréquences des ondes cérébrales lentes diminue (Okamoto-Mizuno & Mizuno, J Physiol Anthropol, 2012).
17 – 19 °C
Température de la chambre
Respirante
La literie
Et la sieste alors ?
Dans une étude de référence, une sieste de dix minutes produirait des bénéfices immédiats sur la vigilance, alors que trente minutes de sieste générerait d’abord une période de somnolence (Brooks & Lack, Sleep, 2006).
Dix à vingt minutes de sieste avant quinze heures seront donc plus salutaire que quarante minutes.
Combien de temps faut-il pour faire la sieste ? Le détail des durées testées →
VII · Cas par cas
Adaptez-vous à votre situation propre
Dormir sur le côté du côté sain.
Si on dort du côté douloureux, on avancera un peu le bras pour déjeter le poids de son corps au niveau des côtes, et non sur l’omoplate et l’épaule algique.
Sur le dos : tête de lit surélevée
Comment dormir avec une sciatique : la position qui soulage →
VIII · Vigilance
Quand faut-il consulter ?
Un mal de dos nocturne banal change avec la position de sommeil et s’améliore au fil de la journée.
Consultez sans tarder votre médecin traitant si :
- la douleur vous réveille en seconde partie de nuit, sans être modifiée par la position (cela révèle un caractère inflammatoire de la douleur, à investiguer avec votre médecin traitant)
- la douleur est associée à de la fièvre, une perte de poids inexpliquée ou un antécédent de cancer
- vous constatez une perte de force, des troubles urinaires ou une insensibilité de la région périnéale, car ça peut être une urgence neuro-chirurgicale
- votre entourage observe des pauses respiratoires nocturnes avec somnolence diurne (risque d’apnée du sommeil à investiguer).
Questions fréquentes
Ce qu’on me demande au cabinet
Faut-il dormir sans oreiller quand on a mal au cou ?
Non, sauf si on a un dos très plat (affaissement de la cyphose dorsale physiologique) quand on dort sur le dos. Si l’on ne peut s’empêcher de dormir sur le ventre, on pourra adopter une position en trois-quarts avec un édredon placé en diagonal sous le thorax ou avec un bras calé sur le sternum, pour que la tête plonge vers l’avant avec un minimum de rotation et en évitant à tout prix l’extension cervicale. Sur le dos et sur le côté, l’absence d’oreiller crée le plus souvent une inclinaison du cou qui aggrave presque toujours la problématique de cervicalgie, c’est « le syndrome Netflix » quand on passe des heures la tête en équerre sur l’accoudoir du canapé avant de se redresser, ça fait mal ! C’est la hauteur de tête qu’il faut donc adapter à sa position.
Dormir parterre est-il bon pour le dos ?
Un essai du Lancet insiste sur la problématique d’un support trop dur qui supprime toute notion « d’accueil du corps » et concentre les pressions au niveau de l’épaule et de la hanche a contact du matelas, quand on dort en décubitus latéral (sur le côté).
Après combien de temps faut-il changer de matelas ?
Huit à dix ans pour une mousse ou un latex, dix à douze pour des ressorts, en changeant le sommier en même temps car il assure à lui seul 30 à 50 % du soutien.
Combien de temps faut-il pour intégrer des changements ?
Deux à quatre semaines suffisent avec les changements de positions et le « calage » du corps, car on a besoin de ce délai pour intégrer de meilleurs repères en arrêtant de revenir à son ancienne position qui relevait de mauvaises habitudes.
Est-ce grave de se réveiller dans une autre position ?
Non! C’est normal et souhaitable. Seule la position d’endormissement se travaille parce qu’on est rarement totalement immobile quand on dort.
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Cabinet · Paris VII
Votre dos vous réveille ?
Un bilan permet d’identifier ce qui, dans votre mécanique, empêche la position de repos d’être efficiente.
Prendre rendez-vous →Adresse
1 square de Robiac, 75007 Paris
Téléphone
+33 6 17 02 67 48
Références bibliographiques
Sources scientifiques
- Kovacs FM, et al. Lancet. 2003;362(9396):1599-1604.
- Liu SF, Lee YL, Liang JC. PeerJ. 2016;4:e2397.
- Saini R, et al. Musculoskeletal Care. 2025;23(2):e70114.
- Staffe AT, et al. PLoS One. 2019;14(12):e0225849.
- Krause AJ, et al. J Neurosci. 2019;39(12):2291-2300.
- Van Cauter E, Leproult R, Plat L. JAMA. 2000;284(7):861-868.
- Brooks A, Lack L. Sleep. 2006;29(6):831-840.
- Okamoto-Mizuno K, Mizuno K. J Physiol Anthropol. 2012;31:14.
Cet article a une visée informative et ne remplace pas une consultation.

