Ballet dancer sitting on bench wrapping ankle in dance studio

Les blessures du danseur professionnel

Les blessures du danseur professionnel — Simon Israël Sellam D.O.
Ostéopathie du danseur · Dossier complet

Les blessures du danseur, professionnel.

Vingt années d’observation aux côtés des compagnies. Comprendre, prévenir, traiter — sans interrompre la scène.

I. Pied · cheville II. Genou III. Hanche · bassin IV. Dos V. Membres sup. FIGURE I.

Cliquez sur la zone du corps qui vous intéresse

Théâtre du Corps Pietragalla-Derouault Ballet Preljocaj Malandain Ballet Biarritz Junior Ballet Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris Théâtre du Corps Pietragalla-Derouault Ballet Preljocaj Malandain Ballet Biarritz Junior Ballet Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris
I
Ouverture — Lento

Le corps comme instrument

Le corps du danseur n’est pas comme les autres. C’est un instrument de haute précision, hors normes, soumis à des contraintes phénoménales que peu de sportifs connaissent : amplitudes extrêmes, discipline inaltérable dans la répétition du geste et sollicitations asymétriques, sans parler de l’inconfort du trajet lors des tournées avant filage pour un « one-shot », ou la reprise de plusieurs dates qui s’enchaînent sur des sols parfois trop durs avec des caterings inadaptés à l’effort.

Les horaires sont compliqués, la fatigue s’accumule, et par-dessus tout, on retrouve l’exigence du danseur qui reste la même : le don de soi, dans l’écrin d’un rendu aussi naturel que possible en offrant coûte que coûte au public le fruit magistral de tous ses efforts sur scène, avec la même intensité à chaque nouvelle représentation.

C’est dans cet apparat d’aisance feinte que réside précisément le piège. Si un footballeur blessé peut boiter avant d’être amené à interrompre son match, le danseur fera tout son possible pour terminer sa dernière variation, à la fin du spectacle, jusqu’à ce que les applaudissements du public le libèrent, saluant de fait son art et la perfection de sa prestation[1,2].

Le résultat : des blessures, souvent mésestimées, et un risque de compensations ultérieures, jusqu’à ce qu’une gêne ou qu’une douleur difficilement gérable s’exprime.

Les études épidémiologiques internationales le confirment : la prévalence ponctuelle des blessures chez les danseurs professionnels de ballet et de danse moderne atteint respectivement 54,8 % et 46,3 %, avec plus de 15 % des danseurs qui ne signalent pas leur blessure[3].

Après vingt ans passés auprès des danseurs — Théâtre du Corps, Ballet Preljocaj, Malandain Ballet Biarritz et Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris — j’ai vu se répéter le même genre de schémas.

Cet article a un objectif : aider les danseurs professionnels et semi-professionnels à s’écouter, se connaître suffisamment bien pour pouvoir identifier les signaux d’alerte et consulter au bon moment en continuant la scène au maximum de leurs capacités.

II
Variation — Andante

Pourquoi le danseur se blesse différemment

La spécificité biomécanique de la danse

Le danseur évolue dans des plans articulaires extrêmes. L’en-dehors, cette rotation externe des hanches définit la danse classique, mobilise le bassin, les membres inferieurs et les pieds avec une architecture qui n’existe nulle part ailleurs dans le mouvement humain[4,5].

La sur-mobilisation engendre des zones de contrainte souvent bien localisées. Une étude en capture de mouvement a démontré que les positions de fin d’amplitude en danse classique génèrent souvent des phénomènes de conflit fémoro-acétabulaire et d’instabilité de hanche[6].

La danse impose dans sa pratique l’instauration de schémas asymétriques permanents : quand une jambe pousse, l’autre reçoit. Avec une levée de jambe, les milliers d’heures d’entraînement et l’asymétrie reprogramment le corps de façon inégale, et le bassin adapte constamment les schémas de tensions liés à l’appui au sol et aux effets de charge. Il peut s’en retrouver impacté, prisonnier d’une torsion dans une véritable reprogrammation du schéma postural impliquant des muscles qui d’un côté s’activent quand d’autres se relâchent relativement[7].

Enfin, la danse est un sport de haut niveau fait de répétitions. Un grand jeté n’est pas un mouvement qu’on improvise : c’est un geste réalisé des milliers de fois, dans la même direction, avec la même impulsion. Et les tissus finissent par « mémoriser » cette contrainte en redessinant la posture avec des zones de faiblesse, propices à la décompensation potentielle à venir. Les blessures par surutilisation représentent ainsi 64 à 75 % des blessures chez le danseur[1,8].

La fatigue accumulée comme facteur déclenchant

Les blessures du danseur professionnel surviennent souvent dans la répétition, après un mouvement anodin, pourtant réalisé mille fois auparavant sans alerter, un jour de fatigue excessive.

Didascalie
La fatigue physique et psychique sont les véritables facteurs déclenchants — car la difficulté du pas est déjà en soi intégrée à la biomécanique du danseur[9,10].

Un corps reposé s’adapte. Fatigué, il est poussé à bout. Si la posture s’affaisse ne serait-ce que d’un rien, l’axe du corps se transpose et les contraintes qui passaient par là habituellement se portent alors sur une zone de tolérance devenue vulnérable. Si le mental n’est pas présent à 100 %, l’entorse, la tendinite ou la lombalgie hyperalgique surviennent. D’où l’importance du temps de préparation qui en avant-scène aide le danseur à se réincarner toujours un peu mieux dans ses sensations avant l’effort.

« Le pied du danseur — première interface, zone la plus sollicitée. »

III
Première position — Allegro

Le pied et la cheville

Le pied est la première interface de contact avec le sol sur lequel se construit l’édifice. C’est aussi la zone la plus sollicitée chez le danseur, particulièrement en danse classique avec le travail des pointes. Les études épidémiologiques convergent : le pied et la cheville représentent 40 à 49 % de l’ensemble des blessures du danseur, toutes disciplines confondues[11,12].

L’entorse de cheville

L’entorse externe (ligament latéral) reste la blessure aiguë la plus fréquente, typiquement sur une réception mal assurée du pied qui part en virgule, après un saut ou un déséquilibre en pointes. Au-delà de la douleur immédiate, ce qui posera problème chez le danseur, c’est le risque d’instabilité et de récidive[13].

L’ostéopathie intervient ici pleinement en complément de la kinésithérapie. En phase aiguë, une fois passé par l’examen médical et la fracture exclue par l’imagerie, l’apport de l’ostéopathie vise à rééquilibrer les schémas de compensation (genou, bassin, rachis) en restaurant la stabilité et l’ancrage du danseur. La mobilité de tous les os du pied est à investiguer pour relancer une proprioception efficiente.

Après la phase de récupération, l’approche devient préventive : aider à rééquilibrer les chaînes myofasciales de tout le corps et s’assurer que pieds, bassin et rachis n’ont plus « la mémoire de stress » du traumatisme. L’ostéopathie facilite la rééducation du danseur et améliore son retour au plus haut niveau, en permettant à sa santé de s’épanouir à nouveau et pleinement.

La fasciite plantaire

Douleur sous le talon ou sous la voûte plantaire, intense au premier pas du matin, qui s’atténue avec l’activité pour revenir en fin de journée : la fasciite plantaire est comme une signature chez le danseur.

L’aponévrose plantaire est une lame fibreuse qui tend la voûte du pied et qui s’enflamme à la sur-sollicitation.

Le piège, c’est que l’origine de cette inflammation est rarement locale, et même si les ultrasons ou la photobiomodulation sont d’une aide considérable, on devra vérifier un mollet devenu trop raide, une chaîne postérieure suractivée, un bassin mal adapté qui change l’axe de l’appui et modifie la statique[14].

Traiter la fasciite localement sans remonter la chaîne myofasciale qui la sous-tend, c’est soulager le danseur trois semaines avant de voir sa douleur revenir à la charge.

Les tendinites du tibial postérieur et des fibulaires

Ces tendinites profondes, souvent confondues avec des douleurs osseuses, touchent particulièrement les danseuses sur pointes. Le muscle tibial postérieur soutient toute l’arche interne du pied ; les muscles fibulaires stabilisent quant-à-eux la partie latérale de la cheville et du pied. Lorsque l’un d’eux faiblit ou sur-compense, la douleur s’installe[15].

Le signe d’appel caractéristique, c’est une douleur qui s’immisce dès les premières minutes de classe, s’installe progressivement et ne disparaît plus. À surveiller impérativement, car une tendinite négligée peut évoluer vers la rupture partielle.

L’hallux rigidus et les conflits du gros orteil

Le gros orteil du danseur vit un enfer. Entre flexion extrême sur pointes, demi-pointes répétées et pliés en dehors, l’articulation métatarso-phalangienne s’use prématurément. On voit apparaître des douleurs à la flexion, parfois des raideurs matinales, signes précoces d’un hallux rigidus débutant[4].

Un travail ostéopathique, réalisé en amont sur la mobilité du premier rayon associé à un rééquilibrage de l’appui, vise retarder une évolution délétère.

IV
Plié — Moderato

Le genou

Le genou représente environ 16 à 17 % des blessures du danseur, et figure au troisième rang derrière le pied/cheville et le rachis lombaire[11,16].

Le syndrome fémoro-patellaire

Douleur antérieure du genou, majorée par la position assise prolongée, dans les escaliers et lors des pliés profonds : le syndrome fémoro-patellaire (ou « syndrome rotulien ») est la blessure de genou n°1 chez le danseur[4].

La rotule glisse mal dans la trochlée fémorale, souvent parce que le quadriceps tire dessus de manière déséquilibrée (vaste externe trop fort, vaste interne trop faible), ou parce que le bassin impose une torsion qui dévie l’axe du membre inférieur en surcharge. Les muscles des appendices (bras et jambes) s’enroulent en spirale autour de l’axe des os longs qui les composent. Ici, le travail ostéopathique vise à rééquilibrer les tensions autour d’un genou qui se comporte comme un fusible à recentrer entre hanche-bassin et pied pour ne pas qu’il dysjoncte, afin que les chaînes myofasciales coordonnent à nouveau leur action de façon harmonieuse[5].

La tendinite rotulienne

Dite aussi « genou du sauteur », fréquente après une période intense de grands sauts. Douleur à la pointe inférieure de la rotule, à la pression et en pliant.

La récupération passe par un travail combiné : repos relatif, renforcement excentrique du quadriceps en kinésithérapie, et ostéopathie. Lever les tensions myofasciales, c’est assurer de meilleurs échanges neuro-vasculaires pour récupérer sur l’inflammation.

Les lésions méniscales

Plus rares mais plus graves, elles surviennent typiquement sur un pivot avec pied bloqué. Suspicion forte devant un genou qui gonfle, qui bloque par intermittence, qui « craque » à certains mouvements. Imagerie obligatoire. L’ostéopathie intervient en accompagnement, jamais en première ligne sur ce type de lésion.

V
En-dehors — Adagio

La hanche et le bassin

La hanche est le cœur mécanique du danseur. C’est aussi une zone où les blessures sont souvent sourdes, chroniques et mal identifiées. Les blessures de hanche représentent jusqu’à 17 % des blessures chez le danseur tout-venant et 27 % chez le danseur professionnel[17,18].

Elle dépend de muscles stabilisateurs : moyen fessier, piriforme et psoas, dont la synergie est indispensable à la préservation d’une dynamique fonctionnelle.

Le conflit fémoro-acétabulaire

De plus en plus diagnostiqué chez les danseurs, ce conflit survient quand la tête fémorale se heurte au rebord de sa loge, limitant la flexion profonde de la hanche au contact de l’acétabulum. Typiquement : douleur profonde à l’aine, sensation d’accrochage sur les développés devant, difficulté à retrouver toute son amplitude articulaire[6,17,19].

Le diagnostic est médical et radiologique, mais en complément de la kinésithérapie, l’ostéopathie joue un rôle intéressant dans la gestion fonctionnelle : relâchement des muscles profonds (psoas, petit fessier), restauration de la mobilité du bassin, amélioration de la mobilité sacro-iliaque pour réduire les sensations de pincement.

Les douleurs du psoas

Le psoas est le muscle-roi du danseur. Il monte la jambe, stabilise le bassin et les lombaires, maintient la posture. C’est souvent l’un des muscles les plus mis en tension de façon chronique[5].

Signes d’un psoas en souffrance : douleur dans le pli de l’aine, gêne à la marche rapide, lombalgie basse récurrente, difficulté à maintenir la jambe en développé.

L’approche ostéopathique combine travail direct ou myotensif sur le muscle (au travers de la paroi abdominale en inhibition ou poussé-relâché) et sur les structures adjacentes : lombaire, bassin, diaphragme et sphère viscérale. Le rôle de la respiration est parfois intimement lié à ce type de déséquilibre.

Les douleurs sacro-iliaques

Les articulations sacro-iliaques transmettent des forces de contraintes mécaniques ascendantes et descendantes, entre le haut et le bas du corps. Chez le danseur, soumis à des asymétries constantes, les sacro-iliaques peuvent se bloquer facilement. Signes typiques : douleur unilatérale ou en barre, du côté de la douleur ou en contro-latéral par compensation. Le danseur ressent une gêne en changeant de jambe d’appui, avec une sensation d’inconfort et de faux mouvement.

Un blocage sacro-iliaque mal géré peut rapidement diffuser au niveau lombaire, dorsal, et même provoquer des douleurs de type sciatique. C’est une des indications les plus communes et les plus efficacement traitées par l’ostéopathie.

« Le danseur professionnel ne consulte pas trop tôt — il consulte souvent trop tard. »

VI
Cambré — Largo

Le dos

Le rachis représente environ 10 à 17 % des blessures du danseur, et la prévalence des atteintes lombaires est significativement plus élevée chez les professionnels et pré-professionnels que chez les amateurs[16,20].

La lombalgie du danseur

Difficile d’échapper à une lombalgie quand on fait de la danse son métier. Les cambrés répétés, les portés, les réceptions de saut, les variations qui demandent des extensions extrêmes — toutes les contraintes convergent vers la région lombaire basse en surcharge.

Deux schémas principaux :

  • La lombalgie mécanique aiguë (« lumbago »), souvent suite à un mouvement simple un jour de fatigue. Blocage brutal, douleur vive, incapacité à se redresser. L’ostéopathie est indiquée, souvent avec un soulagement net dès la première séance.
  • Une lombalgie chronique ou intermittente, installée sur des mois voir des années, nécessite un travail ostéopathique de fond indispensable pour bien récupérer, avec souvent un état des lieux par bilan d’imagerie préalable : mobilité vertébrale, équilibre musculaire profond (transverse, multifides), respiration diaphragmatique et posture globale doivent refonctionner en synergie afin de réguler un système extrêmement sensible qu’il faut recalibrer avec justesse.

Le spondylolisthésis et les fractures de fatigue

Chez les jeunes danseurs et particulièrement au conservatoire, les extensions répétées peuvent provoquer des fractures de fatigue de l’isthme vertébral (spondylolyse), voir un glissement vertébral (spondylolisthésis)[21,22]. Douleurs lombaires persistantes, majorées en extension chez un jeune danseur en formation intense = consultation médicale impérative.

L’ostéopathie tissulaire est indiquée ici, mais il faut rester extrêmement prudent avec ces pathologies : pas de manipulation directe de la zone, travail sur les compensations, soutien à la phase de consolidation en permettant au système de retrouver une harmonie de fonctionnement.

Les dorsalgies et le diaphragme

Moins spectaculaires que les lombalgies, les tensions dorsales hautes accompagnent souvent le danseur sans qu’il les identifie clairement. Elles traduisent fréquemment une restriction diaphragmatique (respiration courte, souffle coupé avec le stress) avec une surcharge musculaire et une suractivation du plateau des épaules dans les portés. Une posture de compensation s’installe en réponse à un problème local ou situé plus bas en amont.

VII
Port de bras — Grazioso

Les membres supérieurs

Souvent négligées, elles concernent principalement les danseurs contemporains, les partenaires dans les portés classiques et les danseurs qui associent des acrobaties dans leurs chorégraphies[23].

Si l’axe central est tonique avec des intérocepteurs forts, les extérocepteurs en périphérie seront préservés dans la transmission efficace de toutes les contraintes mécaniques.

  • Épaules : luxations et subluxations sur les portés, tendinites de la coiffe des rotateurs chez les porteurs réguliers, instabilités chroniques chez les danseurs au long cours.
  • Poignets : particulièrement sollicités en danse contemporaine et au travail au sol, les poignets sont sensibles aux tendinites et aux douleurs du TFCC (complexe fibrocartilagineux triangulaire entre radius et ulna, garant de la stabilité et du mouvement).
  • Coudes : plus rares mais possibles sur les réceptions mains au sol ou les portés complexes.
VIII
Coda — Maestoso

Prévenir plutôt que guérir

Le suivi ostéopathique régulier

Chez le danseur professionnel, l’ostéopathie n’est pas un simple soin-rustine auquel on doit avoir recours juste « quand ça fait mal ». C’est un outil d’hygiène corporelle au même titre que la barre au sol et l’échauffement[24].

Mon expérience avec les danseurs de compagnie m’a appris que le rythme optimal pour une prise en charge dépend de l’agenda du danseur :

  • En période de création ou de reprise intensive : 3 à 4 séances permettent de gérer les surcharges avant qu’elles ne se structurent en blessures.
  • En période de tournée : des séances rapprochées sont envisageables avec des interventions ciblées, même entre deux représentations, pour accompagner les danseurs dans la préparation et la récupération, avant et après les spectacles.
  • En période de repos relatif : l’objectif est le rééquilibrage postural et la récupération. Le nombre de séances et les techniques utilisées sont adaptés à chaque profil de danseur et au temps dont il dispose avant reprise.

Les signaux qu’il ne faut jamais ignorer

Certains signes doivent déclencher une alerte. Ils sont pour le corps la meilleure façon de révéler la niche d’un déséquilibre. Il vaut alors mieux consulter sans attendre que la douleur prenne le relais :

  • Un inconfort ou une douleur qui revient toujours au même endroit après l’effort, même faiblement.
  • La perception d’une sensation d’asymétrie qui s’installe : une jambe moins sûre que l’autre, un côté qui s’enraidit.
  • Le délié d’un mouvement qui change : un développé devant qui perd 10 degrés en trois semaines, un plié qui grince, une pirouette qui part dans la mauvaise direction lors d’un spectacle.
  • Un sommeil perturbé par des douleurs nocturnes, qui peut indiquer qu’une inflammation structurelle s’est installée : il faut l’investiguer avec un avis médical.
  • Une fatigue anormale après un effort habituel : le corps signale qu’il compense en profondeur en tirant dans les réserves énergétiques du danseur. La part émotionnelle peut aussi être investiguée à ce stade-là.

L’hygiène de vie hors du studio

Aucune approche thérapeutique manuelle, aussi régulière soit-elle, ne peut compenser une hygiène de vie défaillante. Les piliers du bien-être restant :

  • Le sommeil : 8 heures minimum en période intensive, car c’est dans la phase de sommeil profond que se réparent les tissus.
  • L’hydratation : un fascia déshydraté perd de son élasticité.
  • La nutrition : des apports équilibrés avec un ratio protéique suffisant pour la réparation tissulaire et une source calorique ajustée à la dépense énergétique réelle (beaucoup de danseurs mangent mal, surtout en tournée)[25].
  • La récupération active : marcher, nager, s’étirer en douceur — « rester en mouvement ».
  • La gestion du stress : le danseur danse avec son corps, et vit l’émotion sur scène. Tout stress chronique est source chez lui de tensions myofasciales nouvelles qui se surajoutent aux contraintes mécaniques qu’il inflige déjà à son propre corps.
Avertissement médical

Quand consulter en urgence

Certaines situations ne relèvent pas de l’ostéopathie mais d’une consultation médicale urgente :

  • Douleur vive après un traumatisme avec parfois un craquement ou un claquement, et incapacité à poser le pied ou à utiliser le membre.
  • Gonflement important et rapide d’une articulation avec ou sans hématome.
  • Déformation visible après choc.
  • Douleur accompagnée de fièvre, de fourmillements persistants ou de perte de sensibilité.
  • Douleur du dos avec perte de force dans une jambe ou troubles urinaires.

Dans tous ces cas : urgences, médecin du sport, ou imagerie avant tout geste thérapeutique.

Dans le cadre d’une consultation ostéopathique d’urgence pour un blocage aigu non traumatique (lumbago, torticolis, cheville tordue sans suspicion de fracture), je propose au cabinet des créneaux prioritaires pour les danseurs en période de représentation — parce qu’attendre trois jours pour un bassin bloqué à 48 heures d’une générale n’est pas envisageable.

IX
Révérence — a piacere

Le corps mérite une attention spécifique

Soigner un danseur ne s’improvise pas. La compréhension des contraintes propres à chaque style (classique, contemporain, modern jazz, etc.), la familiarité avec le rythme particulier d’une saison artistique — tout cela fait partie intégrante du traitement.

Conviction
Le danseur professionnel consulte rarement assez tôt et souvent trop tard.

Les 20 années passées auprès de compagnies de danse m’ont appris une chose : le danseur professionnel consulte rarement assez tôt et souvent trop tard pour éviter l’arrêt à tout prix, par habitude de la douleur, par pression du calendrier de création. Et ce n’est pas une force, mais un facteur de risque de chronicisation[3,9].

Si vous êtes danseur et que vous lisez cet article, retenez cela : votre corps est votre outil de travail. Le réaccorder pour qu’il vous apporte le meilleur n’est pas un luxe. Afin d’optimiser votre potentiel, c’est une priorité pour votre discipline d’interprète, exigeante, stricte et rigoureuse, au même titre que la pratique du travail à la barre.

X
Coulisses — Questions du public

Questions fréquentes

01 Pourquoi les danseurs consultent-ils un ostéopathe ? +

La danse sollicite fortement le corps. Les danseurs consultent pour soulager les douleurs liées à l’entraînement, améliorer la mobilité articulaire, accompagner la récupération entre deux représentations, et prévenir les blessures avant qu’elles ne s’installent durablement.

02 Quelles sont les douleurs les plus fréquentes chez les danseurs ? +

Le pied et la cheville représentent 40 à 49 % des blessures, suivis par la hanche (jusqu’à 27 % chez les professionnels), le genou (16-17 %) et le rachis lombaire. Les tensions dorsales hautes et les douleurs des membres supérieurs (épaules, poignets) concernent particulièrement les danseurs contemporains et les partenaires de portés.

03 L’ostéopathie peut-elle réellement prévenir les blessures ? +

Oui. Un suivi régulier identifie les tensions et les déséquilibres avant qu’ils ne provoquent de la douleur, maintient une bonne mobilité articulaire et permet d’anticiper les zones de surcharge liées aux périodes de création ou de tournée. C’est ce qui en fait un outil d’hygiène corporelle au même titre que la barre au sol ou l’échauffement.

04 À quelle fréquence un danseur professionnel doit-il consulter ? +

Le rythme dépend de l’agenda artistique. En période de création ou de reprise intensive, 3 à 4 séances rapprochées permettent de gérer les surcharges. En tournée, des interventions ciblées entre deux représentations accompagnent préparation et récupération. En période de repos relatif, le suivi se concentre sur le rééquilibrage postural.

05 Quand faut-il consulter en urgence plutôt qu’en ostéopathie ? +

Toute douleur vive après traumatisme avec craquement, gonflement important et rapide, déformation visible, fièvre associée, fourmillements persistants, perte de sensibilité ou perte de force dans un membre relèvent d’une consultation médicale urgente — médecin du sport ou imagerie avant tout geste thérapeutique. L’ostéopathie intervient ensuite, en accompagnement de la prise en charge médicale.

06 Quand consulter avant un spectacle ou une générale ? +

Idéalement 48 à 72 heures avant la représentation, pour laisser au corps le temps d’intégrer les ajustements. Pour les blocages aigus non traumatiques (lumbago, torticolis, cheville tordue sans suspicion de fracture), des créneaux prioritaires sont proposés au cabinet pour les danseurs en période de représentation.

07 Combien coûte une consultation ? +

Cabinet : 90 € du lundi au samedi, 100 € le dimanche. Consultation à domicile : 150 €. Durée : 45 minutes. Une facture est délivrée pour transmission à la mutuelle.

L’auteur de cet article

Simon Israël Sellam, Ostéopathe D.O.

Diplômé du Collège Ostéopathique Sutherland, ostéopathe en exercice depuis 2005. Un des premiers praticiens à Paris à traiter les urgences fonctionnelles avec les associations URGENCES KINÉ et SOS OSTÉOPATHES. Cabinet privé dans le 7ème arrondissement de Paris, du lundi au samedi. Accompagne depuis plus de vingt ans les danseurs professionnels du Théâtre du Corps Pietragalla-Derouault, du Ballet Preljocaj, du Malandain Ballet Biarritz, du Junior Ballet et du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris. En savoir plus sur son parcours ou découvrir le cabinet.

Le corps du danseur en scène ?

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Appareil critique

Références bibliographiques

Articles scientifiques

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  4. Calais-Germain B. Anatomie pour le mouvement. Tome 1 : Introduction à l’analyse des techniques corporelles. Méolans-Revel : Éditions DésIris ; 2005.
  5. Calais-Germain B, Lamotte A. Anatomie pour le mouvement. Tome 2 : Bases d’exercices. Méolans-Revel : Éditions DésIris ; 2009.
  6. Watkins A, Clarkson PM. Dancing Longer, Dancing Stronger: A Dancer’s Guide to Improving Technique and Preventing Injury. Princeton : Princeton Book Company ; 1990.
  7. Liederbach M, Compagno J, Spivak J. The Dancer’s Way: The New York City Ballet Guide to Mind, Body, and Nutrition. New York : St. Martin’s Griffin ; 2008.

Ressources institutionnelles

  1. International Association for Dance Medicine and Science (IADMS). Resource Papers and Position Statements. Disponible sur : www.iadms.org
  2. Association Française de Médecine de la Danse (AF2MD). Ressources professionnelles et formations.
© Cabinet Simon Israël Sellam · Paris VII · 2026 Fin du dossier.


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